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Les terres cuites archaïques et sévères du Thesmophorion de Thasos

Responsable : Stéphanie Huysecom-Haxhi

Partenaire privilégié : École française d'Athènes

Le sanctuaire de la pointe d’Evraiocastro, identifié d’après le matériel archéologique (notamment la présence de « kernoi » annulaires) avec le Thesmophorion de la cité, a livré lors des fouilles menées entre 1962 et 1964 par l’Ecole française d’Athènes aux alentours de 500 fragments de figurines archaïques (525-480) et sévères (480-450), auxquels s’ajoute une cinquantaine de représentations partielles féminines, d’un côté des protomés archaïques et de l’autre des protomés-buste d’époque sévère. Ce petit lot, d’un intérêt non négligeable, illustre sur le site de Thasos les changements qui sont intervenus dans la production et le répertoire coroplathiques pendant la période transitoire entre la fin de l’archaïsme et le premier classicisme : durant cette période, de nouvelles tendances stylistiques et de nouveaux motifs apparaissent, se greffant, dans un premier temps sur les anciens schémas. Parallèlement, on observe également des changements dans les modes de production et de diffusion des objets qui désormais sont fabriqués le plus souvent au moyen d’un moule univalve, fermé à l’arrière et en dessous par une simple plaque modelée, et ne semblent pas avoir été reproduits sur de nombreuses générations.

Aperçu du corpus des statuettes archaïques
Le corpus archaïque comprend une quarantaine types de statuettes techniquement différents, parmi lesquels de nombreux types thasiens, quelques types corinthiens et une figurine importée de Corcyre.

En ce qui concerne les types thasiens, ils sont pour la plupart attestés par un petit nombre d’exemplaires appartenant aux générations les plus récentes, c’est-à-dire celles qui sont les plus éloignées du prototype, et relevant le plus souvent de versions secondaires créées dans le meilleur des cas au tournant du dernier quart du VIe siècle. Par exemple, le type thasien le plus populaire, celui appelé par N. Weill, « la Dame au Polos » en raison de la forme particulière de sa coiffe (N. Weill, La plastique archaïque de Thasos, I, Le haut archaïsme, Etudes Thasiennes 11, 1985, p. 147-163 ; S. Huysecom, « La dame au polos thasienne : établissement d'une série », dans A. Muller (éd.), Le moulage en terre cuite dans l'Antiquité Classique : création et production dérivée, fabrication et diffusion. Actes du XVIIIe Colloque du CRA-Lille 3, décembre 1995 (1997), p. 155-179) est représenté au Thesmophorion par seulement trois exemplaires, dont deux de quatrième génération et de version secondaire, avec main sur la poitrine, et un de troisième génération et de version originelle, avec bras modelés et détachés du corps (fig. 1 : exemplaire complet de l’Artémision).

Le groupe corinthien est typologiquement représenté d’une manière exceptionnelle, surtout par rapport au répertoire de l’Artémision, très limité en figurines corinthiennes. Le Thesmophorion a livré une dizaine de figurines relevant de trois types de korés, un type de dame assise à l’oiseau, une sphinge, un coq et un étrange objet qu’on prendrait bien pour une figue (I.D. Papaïkonomou, S. Huysecom-Haxhi, « Du placenta aux figues sèches : mobilier funéraire et votif à Thasos », Kernos 22, 2009, p. 133-158).

Les quelques figurines ioniennes archaïques découvertes dans le Thesmophorion appartiennent à des types très anciens, créés dans la décennie 570-560, puis reproduits à Thasos par surmoulage sur de nombreuses générations. On compte par exemple quelques figurines de dame trônant appartenant à des générations très éloignées des prototypes originels, un exemplaire de kouros drapé appartenant à la cinquième génération d’une série illustrée à l’Artémision thasien par un grand nombre d’exemplaires qui ont permis de remonter jusqu’aux premières générations. Dans tous les cas, au Thesmophorion, il s’agit de statuettes de « fin de série », fabriquées à Thasos longtemps après la création, dans un centre ionien, des prototypes originels dont elles dérivent. C’est néanmoins le Thesmophorion qui a livré les objet d’importation très certainement ionienne les plus originaux, qui demeurent jusqu’à présent sans parallèle précis dans la coroplathie de la fin de l’archaïsme. ll s’agit tout d’abord d’une maquette architecturale, réalisée au moyen de cinq moules différents (fig. 2), et d’une grande figurine réalisée dans une technique mixte, associant à un corps tourné des parties et peut-être un visage tiré d’un moule.

Le matériel comprend également des porcelets et quelques oiseaux qui pourraient dater tout aussi bien de la fin de l’archaïsme que des deux premières décennies du Ve siècle.

Aperçu du corpus des statuettes sévères
Le répertoire iconographique des terres cuites sévères semble au premier coup d’oeil assez répétitif, essentiellement du fait de la présence d’une quantité de fragments de torses, de jambes, de plissés et d’une trentaine de têtes féminines isolées qui appartiennent soit à des dames debout en péplos ou en chiton (fig. 3), soit à des femmes trônant à diadème, revêtues du chiton et de l’himation, qui peuvent être considérées comme les héritières des types ioniens archaïques, si nombreux à l’Artémision. Pour le moment plus d’une vingtaine de types techniques ont été identifés, dont seulement six sont attestés par plusieurs exemplaires, tous appartenant systématiquement à une même génération et tous, à l’exception de deux, tirés du même moule. Un grand nombre de types n’est toutefois connu que par un seul exemplaire, et encore pas toujours bien conservé. Souvent, ce sont des comparaisons établies avec des documents plus complets, publiés dans des catalogues de musée, des corpus de fouilles ou des articles spécialisés qui ont permis de reconnaître les types auxquels appartenaient les exemplaires très lacunaires du Thesmophorion : l’image du type illustré sur la figure 4, quoiqu’on ne possède à Thasos que le torse avec la main droite posée sous le sein, est connue dans son entier grâce à un exemplaire complet, de provenance malheureusement douteuse, conservé au musée du Louvre (S. Besques, Catalogue raisonné des figurines et reliefs en terre cuite grecs, étrusques et romains, I, 1954, C596, pl. 103).


Légende des figures
Fig. 1 : type thasien de la Dame au Polos, exemplaire de l’Artémision (Etudes Thasiennes 21, n° 1677, pl. 55)
Fig. 2 : toiture de la maquette architecturale trouvée dans le Thesmophorion (cliché personnel)
Fig. 3 : type de femme debout d’époque sévère (cliché personnel)
Fig. 4 : type de femme debout d’époque sévère (cliché personnel)

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