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Les protomés archaïques de l’Artémision thasien

Responsable : Stéphanie Huysecom-Haxhi

Partenaire privilégié : École française d'Athènes

Les protomés féminines constituent une famille d'offrandes qui fut très populaire à l'époque archaïque dans tout le bassin méditerranéen. À Thasos même, les protomés représentent un quart de l'ensemble du matériel archaïque, c'est-à-dire un millier de fragments environ. De ce lot, les quatre cinquièmes au moins proviennent de l'Artémision, et le reste du Thesmophorion.
Une quarantaine de fragments, provenant essentiellement des fouilles anciennes de l'Artémision (1958-1965), ont été largement exploités, mais uniquement d'un point de vue stylistique, par Francis Croissant dans son étude sur la représentation des visages féminins à l'époque archaïque (F. Croissant, Les protomés féminines archaïques, Befar 250 [1983]). Son travail avait abouti à la définition, pour Thasos, d'au moins 17 types de protomés qu'il avait répartis en sept groupes stylistiques, chacun d'entre eux correspondant à une aire géographique relativement bien définie : les ateliers du Sud de l'Ionie étaient représentés par trois types (types Croissant B1, B3, B5), le Nord de l'Ionie par cinq types (E2, F1, G1, J4, J5), Chios par deux types (C1 [fig. 1], C4), Paros par un type (D8 [fig. 3]), l'Attique par deux types (L12, L13), la Grèce centrale par deux types également (S1, S3); deux types enfin, qui surprennent par la construction de leur visage et l'arrangement de leur coiffure, ont été considérés par l'auteur comme des imitations thasiennes de types ioniens importés (A2, B4). L'auteur cependant n'a pas proposé d'étude technique du matériel, qui reste donc à faire.
Depuis la publication de Francis Croissant, le lot de protomés archaïques s’est enrichi d’un nombre considérable de fragments issus des fouilles récentes menées à l’Artémision et aux abords. De fait, l’inventaire informatisé compte actuellement environ 800 fragments, relevant d’un minimum de 300 exemplaires. Les missions effectuées au musée de Thasos depuis l’été 2005 ont débouché sur la constitution d’un corpus comprenant une vingtaine de types dont l’histoire a pu être retracée plus ou moins complètement, et une quinzaine de fragments, essentiellement des chevelures et des parties de visages, attestant l’existence de types rares sortant pour la plupart des ateliers locaux. En ce qui concerne l’établissement du matériel, la situation diffère beaucoup selon les séries. Si certaines, attestées par un petit nombre d’exemplaires plus ou moins bien conservés, ont pu être reconstituées sans trop de difficulté, d’autres au contraire posent plusieurs problèmes qui ne font que refléter la complexité des procédés techniques mis en œuvre dans le processus de production et de diffusion des  terres cuites.

Le cas le plus simple est celui des types rares ou originaux, attestés par un seul fragment : il en est ainsi pour de nombreux types issus d’ateliers dont il faut sans doute rechercher la localisation dans le nord de l’Ionie, en éolide (fig. 2) ou encore à Paros (fig. 3). Un autre ensemble comprend des types ioniens que l’on a pu suivre sur plusieurs générations successives dont certaines ont été produites au moyen de différents moules identifiables, soit à partir de défauts présents dans le moule et donc souvent répétés sur plusieurs exemplaires, soit en fonction de la terre utilisée pour la fabrication des exemplaires, qui peut-être locale ou non (fig. 4, 5). Pour tous ces exemples, la reconstitution des séries n’a pas posé de problèmes particuliers, tout simplement parce que les traits du visage ou la forme de la coiffure présentaient des caractéristiques reconnaissables d’emblée, et cela quelle que soit la qualité des fragments. Il n’en a pas été de même pour un ensemble d’une centaine de fragments appartenant pour la plupart à des exemplaires coiffés d’un triple bandeau de mèches ondulées qui dépassent du voile et entourent le visage, auxquels s’ajoutent quelques spécimens sans cheveux mais aux caractéristiques morphologiques similaires (fig. 6, 7). Le problème avec ces fragments est de savoir si on a affaire à un seul type, reproduit à Thasos sur plusieurs générations au moyen de nombreux moules et incluant des versions secondaires, ou bien, tout simplement, à des types différents, et dans cette hypothèse à combien de types.

À côté de cette quantité de types originaires de Grèce de l’Est,  il est intéressant de mentionner la présence de protomés appartenant à des types de création authentiquement thasienne, qui sont des synthèses éclectiques tout à fait originales, formées à partir de motifs empruntés à diverses tradition de style : l’ancien type Croissant B4 (fig. 8) n’est pas sans rappeler, par sa forme générale, la plénitude de son visage, et l’épaisseur des traits, les types de protomés ioniennes (fig. 4). Mais là s’arrête la ressemblance. En effet, la manière de construire le visage et de disposer les diverses composantes les unes par rapport aux autres aboutit à un schéma radicalement différent. La bouche, aux lèvres épaisses et d’égale épaisseur, les narines larges et les grands yeux allongés, à l’origine cernés de paupières formant un bourrelet entourant le globe oculaire, se retrouvent presque à l’identique sur des visages de figurines trouvées à l’Artémision, comme celui de T 1800 (fig. 9) dont l’origine thasienne a pu être récemment démontrée (études Thasiennes 21, n° 1800, p. 479-481, pl. 71). Beaucoup de fragments témoignent de l’originalité des créations locales et du goût des artisans, tels le type illustré par la fig. 10, avec ses languettes verticales en fort relief formant un bandeau continu au-dessus du front. Malheureusement les types thasiens sont réduits à quelques fragments, surtout de chevelures, desquels on ne peut tirer que peu d’informations nouvelles sur la formation et le développement du style thasien à la fin de l’époque archaïque.

Légende des illustrations
Fig. 1 : protomé de type chiote (cliché personnel)
Fig. 2 : protomés d’Eolide (cliché personnel)
Fig. 3 : protomé de type parien (cliché personnel)
Fig. 4 : protomé ionienne (cliché personnel)
Fig. 5 : protomé ionienne (cliché personnel)
Fig. 6 : protomé ionienne (cliché personnel)
Fig. 7 : protomé ionienne (cliché personnel)
Fig. 8 : protomé de type thasien (cliché personnel)
Fig. 9 : figurine de type thasien (Études Thasiennes 21, n° 1800, pl. 11)
Fig. 10 : protomé de type thasien (cliché personnel)
Fig. 8 : protomé de type thasien (cliché personnel)
Fig. 9 : figurine de type thasien (Études Thasiennes 21, n° 1800, pl. 11)
Fig. 10 : protomé de type thasien (cliché personnel)

Bibliographie
Francis Croissant, Les protomés féminines archaïques, Befar 250 (1983)
Stéphanie Huysecom-Haxhi, Les figurines en terre cuite archaïques de l'Artémision de Thasos : artisanat et piété populaire à l'époque de l'archaïsme mûr et récent, études Thasiennes 21 (2009)

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